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 Historique

Pour en savoir plus: Relais

Tout renseignement supplémentaire pouvant améliorer cette page serait le bienvenu.     

L'émission 
Ce timbre a été émis au début du mois de mars 1929 (oblitération connue du 2 mars). Les catalogues indiquent souvent la date du 11 mars.  
Il célèbre le cinquième centenaire de la délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc, a été retiré le 30 septembre 1929( date à laquelle le timbre cesse d'être vendu à la poste d'après R Françon et J Storch "Catalogue spécialisé des TP de France 1900-1940" Ed Cercle Lyonnais d'études philatéliques et marcophiles 1973), et supprimé le 16 octobre 1929 ( date apparaissant sur une feuille conservée au Musée de la Poste de Paris) .

Ce timbre a été souhaité par M . Chollet, maire d’Orléans qui a alerté dès le mois d’août 1928 le ministre en charge des PTT M. Bokanowski de l’importance de célébrer le 5ème centenaire de la délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc. 

Chollet  Jeanne 257  

 

Théophile Chollet, 

Maire d'Orléans. Né le 30 juin 1876, agrégé de mathématiques élu conseiller municipal en 1919, il devient maire en 1925.  Il meurt brutalement d’une crise cardiaque dans la nuit du 22 au 23 avril 1929, à l’âge 52 ans juste après la sortie du timbre (d'après Wikipédia).

article d'époque Jeanne 257

Le choix du timbre
La direction des Beaux Arts fut chargée de l'organisation d'un concours restreint et du choix d'une maquette. Le jury proposa l'adoption d'un dessin de l'artiste Barlangue, classé premier, et la gravure fut confiée à Abel Mignon. voir rubrique Concours 
Ce timbre, intitulé Orléans, qui célèbre le 5ème centenaire de la délivrance la ville ne comporte aucune vue de cette ville. 
 
 
Les auteurs du timbre 

Abel Justin Mignon graveur au burin né à Cénon, près de Bordeaux, le 2 décembre 1861, élève de Gerome et Loudet, sociétaire des artistes français depuis 1899, chevalier de la légion d’honneur en 1908. Il décède le 30 janvier 1936 à Fontainebleau.

Autographe d'Abel Mignon   Jeanne 257 

Autographe d'Abel Mignon

Mignon.  Jeanne 257


 
Gabriel Antoine Barlangue peintre et graveur né à Villeneuve/Lot en février 1874 mort en avril 1956 officier de la légion d’honneur en 1934. « Vers 1928 je participai au premier concours de maquettes pour le timbre de Jeanne d’Arc . Mon projet retenu en 1929 a été malheureusement gravé en typographie, procédé pour lequel il n’était pas fait. »  

 

Feuille conservée au musée de la poste de Paris. Jeanne257.  

 

 

 

 

copyright Coll. Musée de la Poste. Paris 


 
Le bon à tirer (musée de la poste) est daté du 24 janvier 1929 et porte la mention 101 indiquant la couleur choisie - bleu et non rouge comme les timbres d’usage courant de l’époque (50 c semeuse lignée,  Fachi et Paix). Ce bon à tirer a la même allure que l’essai de couleur portant la mention 316 (couleur verte) présenté dans la rubrique Tirages spéciaux 

Bon à tirer. Musée de la poste de Paris. Jeanne257.
Mention Épreuve choisie par M le sous secrétaire d'État le 24 janvier 1929 

 

 

 

copyright Coll. Musée de la Poste. Paris  


  

 
Première date connue : Samedi 2 mars 1929. (Le timbre semble avoir été vendu en avant première à cette date à Reims, Orléans, Paris et Rouen - lieux historiques liés à Jeanne d'Arc.)

FDC Reims   Jeanne 257 Reims                    FDC Paris        Jeanne 257   Paris


 Première date connue. 2 mars 1929. Jeanne257.


Orléans gare et Orléans rue de Bourgogne 
   Première date connue. 2 mars 1929. Jeanne257.

bloc16 02 29  jeanne 257 Timbres oblitérés du 16 février 1929 (le tirage a commencé le 14); il s'agit vraisemblablement d'une erreur du postier.


 

Deuxième date connue. 3 mars 1929. Jeanne257. Carte postale recommandée du dimanche 3 mars 1929 

    Jour de retrait 30/9/1929  Jour de retrait 30 septembre 1929. Jeanne257.
 
La valeur faciale du timbre, 50 centimes, correspond à l'affranchissement d'une lettre de moins de 20 grammes dans le tarif du 9 août 1926 (loi du 3/8/1926; décret du 5/8/1926).  
Comme le précise Pierre de Lizeray il s'agit d'un timbre commémoratif (par opposition à un timbre d'usage courant) interruptif puisqu'il remplaça temporairement le 50 centimes Semeuse lignée dont le tirage s'arrêta entre le 21 février 1929 (planche Z - I 2ème tirage) et le 13 juin 1929 (planche AE - AC 2ème tirage).  

 

Ce timbre, mal accueilli à l’époque, a fait l’objet de nombreux articles dans la presse avant et après son émission. (voir ci-dessous)

Lectures philatéliques Jeanne 257  Lectures philatéliques Jeanne 257 Lectures philatéliques n° 2 de janvier 1929 annonce le timbre et propose en couverture le timbre sur lequel on voit les fleurs de lys.
article mars 1929 Le Collectionneur de Timbres-Poste  n° 520 de mars 1929


Cliquer sur l'image. Yvert 1932. Jeanne 257 En 1932 le catalogue Yvert répertoriait ce timbre sous le numéro 248; dès 1936 le numéro actuel (257) était adopté. 
 

Les réactions de la presse d'époque

La maquette : (extrait de : Les timbres-poste de L. Demoulin en 1933
Dans la composition, Jeanne est figurée à cheval la tête nue, la chevelure, disposée en frange sur le front, retombe en deux masses sur les oreilles, à la base desquelles elle est coupée . Elle est vêtue d'une sorte de justaucorps largement évasé au col et dont le bas relevé laisse apparaître une jambe gainée d'une cotte de mailles ou d'un vêtement de grosse laine. Les manches, également retroussées laissent voir aussi le même sous-vêtement. Le pied est engagé dans un étrier de forme triangulaire qui pend d'une selle aux bords hautement relevés. De l'autre côté de la selle, émerge la poignée d'une épée . Jeanne tient en mains les rênes d'un cheval caparaçonné dont le corps seul est figuré. La naissance d'un des membres antérieurs de l'animal, que l'on aperçoit sous le caparaçon dont les bords sont légèrement entrouverts, et le mouvement de la tête indiquent que la monture est en marche. Derrière la pucelle, flotte un étendard fleurdelisé tenu par l'un de ses suivants, dont on ne voit que la main. En haut les mots POSTES FRANCE; en bas la légende 1429 ORLÉANS 1929 ; à droite, dans un cartouche rectangulaire, la valeur, et enfin sur le flanc visible du cheval, un écu portant le monogramme RF .  
Ce que nous venons d'examiner, c'est la maquette. Mais si nous regardons le timbre, combien de détails ont disparu ou sont à peine esquissés! Le graveur Mignon a fait consciencieusement ce qu’il a pu; mais pouvait-il réellement en gravure typographique et dans un format aussi réduit. obtenir mieux ? Pouvait-il, notamment. donner quelque apparence de vie, d'humanité à un visage ne mesurant qu'un millimètre et demi ? L'erreur initiale fut de choisir une composition dont nous n'avons certes pas l'idée de combattre la valeur artistique, mais qui ne s'adaptait nullement au but auquel elle était destinée.  
Rien dans le programme, n'indiquait d'ailleurs que Jeanne d'Arc dût être représentée à cheval. Cependant trois des cinq concurrents qui furent primés campèrent une héroïne avec une oriflamme sur son destrier de bataille. L'un des deux autres (nota : il s'agit du projet de G Demoulin, fils du directeur de l’atelier -auteur de ce résumé) nous exposa l'idée directrice de son dessin : Les dimensions déjà très faibles du timbre, encore réduites par la figuration des indications de service, et aussi le genre d'impression envisagé imposaient nous dit-il, une grande simplification de composition. Aussi, n'ai-je représenté le haut du buste incliné de Jeanne d' Arc, les mains croisées. dans l'attitude de la prière, avec, près d'elle, un glaive dont on ne voit que la poignée. La guerrière accidentelle a terminé sa mission: elle a remis l'épée au fourreau, elle remercie la Providence de lui avoir donné la force et le courage nécessaires. et peut être aussi l'implore-t-elle dans la prescience de son horrible fin. Et un peu amer, car on a toujours vingt quatre heures pour maudire ses juges, il ajoutait: Quand donc comprendra-t-on que l'on puisse honorer, représenter Jeanne d'Arc autrement qu'à cheval ?  
Il faut bien reconnaître qu'il y avait en puissance, dans ces observations, la matière de la plupart des critiques dont nous avons eu connaissance, et il y en eut de tout ordre: banalité d'inspiration, mauvaise exécution ... Il est bien évident qu'avec une composition aussi chargée et les dimensions exiguës du timbre, la typographie ne pouvait donner qu'un médiocre résultat. Et pour nous ceci était si bien une vérité première, que dès 1927, consulté sur l'éventualité d'une émission sur Jeanne d'Arc, nous écrivions ces lignes que l'on nous excusera de reproduire: Pour Jeanne d' Arc il est désirable qu'elle ne soit pas représentée à cheval comme elle a été si souvent traitée, car les dimensions de nos figurines ne se prêtent pas à une présentation aussi complexe. On ne pourrait dans ce cas, fixer nettement des traits alors qu'on se propose précisément de les honorer, il faut donc une effigie, qui pourrait cependant comporter une partie du corps permettant de conserver à l'héroïne ses attributs guerriers. Et si c'est une effigie, il est désirable surtout de la placer dans un beau cadre approprié et de ne pas retomber dans l'erreur des timbres Pasteur et Marcellin   Berthelot. »  

Ailleurs ce même L. Demoulin explique: « Le ministre a vu les épreuves du timbre et veut que les fleurs de lys figurant sur l'étendard disparaissent. (...) Le ministre est très ennuyé d'un mécontentement qu'il aurait constaté dans certains milieux politiques d'extrême gauche où l'on considère la glorification de Jeanne d'Arc comme une manifestation cléricale, et l'on craint que les critiques redoublent si on laisse substituer des fleurs de lys, attributs de la royauté.» (cité par l'écho de la Timbrologie fév. 1990).

Relevé dans Philatélia n°4 de mars 1929.

« Je suis bien content de lire sous la plume de Bernard Gervaise, l'éreintement justifié de la vignette absurde que notre belle administration vient de sortir :

Il existe en France 2 catégories de tirnbres-poste, correspondant à 2 conceptions opposées de la philatélie. Nous avons le timbre permanent, représentant une dame occupée en toute saison à semer du grain dans son champ. Et puis nous avons le timbre-actualité, dont l'effigie varie au hasard des faits qu'il s'agit de signaler à l'attention du monde: Exposition des Arts Décoratifs, centenaire de Pasteur, tricentenaire de Ronsard etc. A l'occasion des fêtes de notre héroïne nationale, l'administration des PTT vient de nous donner le timbre Jeanne d'Arc.

J'ai sous les yeux un exemplaire de ce timbre. Si vous voulez savoir comment il est je vous dirai qu'il est bleu.

-Mais encore? demanderez vous. C'est tout! Il est bleu. J'ai beau regarder le petit rectangle dentelé, je n 'y vois que du bleu.

Les personnes bien informées prétendent pourtant qu'au moyen de ce bleu le graveur a voulu figurer la Pucelle à cheval, son étendard à la main. Je ne dis pas non mais il me semble que cette intention eût été beaucoup plus claire si l'artiste avait eu la bonne idée de l'écrire sous son dessin.

Maintenant, sans doute, sommes-nous en présence d'une troisième variété de timbres-poste, le timbre devinette, dont le principe serait inspiré des vieilles assiettes à dessert que l' on trouve encore chez les bistrots de banlieue. Sur celles ci on aperçoit un dessin accompagné d’une question: Le chasseur et son chien! Cherchez le chien! Sur le timbre Jeanne d'Arc, il s'agit de chercher la Pucelle. Ne vous découragez pas, cherchez, c'est difficile, mais ça doit pouvoir se trouver. »

 Dans le même numéro, un peu plus loin sous la rubrique Nouvelles Émissions :

«France: Le timbre Jeanne d'Arc est paru ; comme il fallait s'y attendre, c'est une petite horreur, vilain dessin pauvre gravure, impression mauvaise mais que font donc les ministres, ils ne regardent donc jamais les timbres-poste. »

Dans l'Echo de la Timbrologie du 15 mars 1929 on peut lire: « Peut-on rêver rien de plus laid que cette horrible vignette, sinon l'encre bleue sale dont on s'est servi pour l'imprimer. »

Lectures philatéliques n° 1 de novembre 1928

 

« A la suite d'une campagne entreprise par le Collectionneur de Timbres- Poste, (en vue d'obtenir que le gouvernement français commémorât par une série de timbres spéciaux le 5ème centenaire du début de la merveilleuse épopée de Jeanne d'Arc, le ministre des P. T. T.,  M. Chéron, avait décidé qui à l'occasion du  500ème anniversaire de la délivrance d'Orléans (avril -mai 1429), le timbre en cours de 50 c. serait, pendant six mois, remplacé par une vignette à l'effigie de Jeanne d'Arc .

Certes, nous aurions préféré, comme notre confrère, une série complète qui aurait pu être conçue dans le genre de celle émise, eu 1893, aux États-Unis, il l'occasion du 4e centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et qui aurait enrichi notre collection de France d'une page magnifique. Mais il ne faut pas être trop exigeants et nous aurions su nous contenter de ce qu'on nous avait promis.

Malheureusement les beautés de la politique nous ont valu un changement de ministère et. à l'heure où nous écrivons ces lignes, ignorant encore les intentions du successeur de M. Chéron nous avons tout lieu de craindre que l’émission commémorative de Jeanne d'Arc ne soit remise en question.

Nous faisons des vœux pour que, d' ici au mois d'août. 1929, les intrigues des politiciens de bas étage n'aient pas bouleversé notre pays, au point de lui faire perdre toute notion d'honneur et tout sentiment de gratitude à l'égard de nos gloires nationales les plus pures. »

 

 La  Circulaire Philatélique n° 197 de janvier 1929

  La circulaire      Jeanne 257

FRANCE.

« Les hautes personnalités de la politique, des lettres et des arts qui forment le Comité des Fêtes commémoratives de Jeanne d'Arc se sont mises d'accord pour proposer l'émission d'une série de timbres-poste, dont les sujets formeraient comme une galerie de tableaux, représentant les épisodes historiques. les plus notables de la vie de la jeune héroïne française, canonisée récemment.

Comme on pouvait s'y attendre de la part d'un comité composé de sommités de la pensée française, les sujets proposés ont été choisis de façon magistrale pour résumer sur les 15 timbres-poste de la série (de 5 c. à 20 fr.), toute l'histoire de Jeanne, du jour de sa naissance à sa mort sur le bûcher inclusivement.

Alors que le territoire de la France se trouvait presque en entier occupé et ravagé par les Anglais, l'idée que la France serait sauvée par une femme gagnait la pensée des Français et leur mettait l'espoir au cœur.. ..

Dans la nuit du 6 janvier 1412 les coqs chantèrent de façon extraordinaire à Domremi, et Darc (sic) Jeanne (fille dudit et d'Isabeau Romée), naquit ...

C'est ce que le sujet projeté pour orner le premier timbre de la série symbolisera par une vue de la maison natale, avec le Coq Gaulois annonçant la naissance de Jeanne. Le deuxième timbre (10 c.) représentera Jeanne d'Arc devant le sire de Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs, de qui Jeanne sut vaincre le mauvais vouloir, au point de le décider à écrire à la cour pour demander des instructions.

Et les treize autres sujets se détaillent comme suit :

15 c. Jeanne révèle au Dauphin le secret de sa légitimité.

C'est au cours d'un entretien mystérieux entre le roi et Jeanne, que Charles VII aurait reçu de la Pucelle des signes certains de sa mission.

2o c  Jeanne quitte Poitiers, armée d'une lance, devant le duc d'Alençon;

Le jeune duc d'Alençon était un des partisans les plus convaincus de la mission divine de Jeanne, de qui semblait émaner une vertu secrète qui éloignait toute mauvaise pensée de l'esprit des hommes d'armes de son entourage.

25 c. Jeanne est blessée à la prise des Tournelles.

Toute la garnison anglaise périt ou fut faite prisonnière; et c'est l'élite de leur chevalerie que les Anglais perdirent. Jeanne avait été frappée d'un carreau d'arbalète « au dessus du sein, entre le gorgerin et la cuirasse» : blessure légère puisque Jeanne put remonter à chevale et entraîner les Français au combat.

40 c. La foule se presse autour de Jeanne à Loches.

50 c. Le sacre à Reims.

75 c. Jeanne blessée sous Paris.

90 c. Jeanne dépose son harnoys à Saint-Denis

1 F Jeanne devant Saint-Pierre le Moustiers.

 1 F .50 Jeanne siqne sa lettre  aux Rémois.

2 F Capture de Jeanne à Compiègne,

5 F Jeanne s'enfuit de Beaurevoir

10 F  Jeanne devant ses juges

20 F Jeanne sur le bûcher.  »

 

Cet article fait curieusement allusion à une série complète sur Jeanne d’arc, alors que les modalités et les résultats  du concours sont déjà connus (voir document n° 2) .

     Dans l’Écho de la Timbrologie du 31 mars Jean Clavel écrivait :

 

«  Le 25 février dernier, paraissait dans la petite ville de Vincennes dans l’état de l’Indiana aux Etats Unis, et quelques jours après dans tous les bureaux de poste de l’Union, le magnifique timbre de 2 cents, cadre carmin et centre noir, commémoratif de la victoire du Fort Sackville par George Rogers Clark sur le gouverneur anglais Hamilton ; événement qui ne dit pas grand chose au français moyen, mais qui est par contre, pour tout américain d’origine un peu ancienne, plein de signification.

Ce timbre de faible valeur faciale, équivalente à 0.50 F de notre monnaie, en dehors de sa signification historique et patriotique, est plein d’enseignements pour nous autres, philatélistes français. Sa grande beauté, sa technique impeccable et son exécution hors ligne, si le compare à notre commémoratif à nous, d’une valeur faciale équivalente, mais d’une importance historique bien plus grande, ne peuvent que nous faire rougir.

Le timbre de Jeanne d’Arc, paru au début du mois a été pour nous tous une stupéfaction ; est il possible vraiment de faire quelque chose d’aussi laid, d’aussi mal et pour tout dire d’aussi stupide ? La France n’est elle pas le pays des artistes, de l’art et du bon goût ? Faudra t il qu’elle aille recruter ses dessinateurs, les auteurs de ses futures vignettes, parmi les jeunes élèves d’un obscur cours complémentaire ? Il n’est pas possible qu’un homme du métier, et qui se dit artiste, ait pu signer une telle horreur. On ne sait que penser de tous ceux qui, de près ou de loin, ont collaboré à une telle  production ou l’ont encouragée et acceptée. S’ils appellent cela de l’art, ils ne sont pas vraiment difficiles ; ils sont dans ce cas les seuls de cet avis.

Si j’ai parlé du timbre de Rogers Clark c’est  parce qu’il a paru presque en même temps que le timbre de Jeanne d’Arc et que son exécution, bien plus difficile que la nôtre, a pris moins de temps  que la notre précieuse administration n’en a mis pour faire la vignette innommable dont elle vient de nous doter. Savez vous  où le gouvernement des États Unis a pris le sujet de son timbre ? .../...  Là bas il n’y a pas de concours, pas de combinaisons, ils n’ont pas le culte de l’intrigue ou de la paperasserie, leur seul culte est celui de la compétence. Tandis que chez nous c’est de plus en plus la République des camarades qui règne ; celui qui dans les sphères officielles courbe le plus l’échine, décroche la timbale ; on s’occupe d’abord de ses opinions, de son apparentage et de ses amitiés, quant à sa compétence, c’est tout à fait accessoire. .../... Je me demande ce qu’on du penser ces deux grands lorrains le Général Lyautey et R Poincaré, lorsqu’ils ont vu pour la première fois comment la Douce Lorraine était représentée.

On a pu remarquer sur, le timbre primé qui a servi de modèle au timbre que la bannière était fleurdelisée. Cela ne rehaussait nullement la platitude de l’ensemble, mais les barbares, les sectaires qu’anime encore l’esprit périmé de 1900, ont trouvé que ces fleurs de lys étaient de trop, ils sont passés par là et ont obtenu leur suppression : ce qui fait que la bannière a maintenant un air de drapeau rouge. 

.../... Que disent de cela, de cet affreux timbre, tous ceux qui préconisaient une série complète commémorative de Jeanne d’Arc ? Ont ils toujours les mêmes idées ? Cette seule horreur devrait maintenant leur suffire. »

 

Quelques pages plus loin :

« Donnant dernièrement son avis préalable à l’émission le timbre  Jeanne d’Arc, le Stamp Collector’ Fornightly disait que ce timbre devant être émis dans les mêmes conditions que les timbres courants de France, il ne fallait pas s’attendre à une œuvre faisant honneur tant à la pucelle qu’à l’art français. Peut être bien ...

Le journal anglais semble regretter que ce timbre ne soit pas émis sous la forme d’un commémoratif n’ayant pas pouvoir d’affranchissement. Un timbre  Jeanne d’Arc, dit il, d’une belle facture artistique et bien lancé, obtiendrait un succès mondial énorme, similaire à celui des commémoratifs Harding aux Etats Unis, dont 1 600 000 000 exemplaires ont été enlevés en peu de temps. A un franc pièce ces timbres représenteraient pour le trésor français un profit plus important que celui des vignettes Caisse d’Amortissement, car on en achèterait des quantités énormes comme souvenirs, sans que la Poste soit tenue à aucune obligation.

L’appréciation de notre confrère ressemble fort à une critique de nos émissions ordinaires et l’administration ferait bien d’en prendre bonne note. »


Dans le même journal  du 30 avril :

«  De plusieurs côtés on nous demande d’appuyer la campagne qui se dessine pour que la France soit dotée d’un timbre à l’effigie du maréchal Foch. .../... mais serait ce honorer sa mémoire que de confier au boulevard Brune le soin de reproduire ses traits ? Le récent exemple de Jeanne d’Arc nous fait craindre le contraire. »

   Dans le collectionneur de tp n° 520 de Maury  mars 1929

maury  Jeanne 257  maury  Jeanne 257


 

 
Les réactions. 
L. Demoulin (directeur de l' Atelier de fabrication des timbres-poste)explique: « Le ministre a vu les épreuves du timbre et veut que les fleurs de lys figurant sur l'étendard disparaissent. (...) Le ministre est très ennuyé d'un mécontentement qu'il aurait constaté dans certains milieux politiques d'extrême gauche où l'on considère la glorification de Jeanne d'Arc comme une manifestation cléricale, et l'on craint que les critiques redoublent si on laisse substituer des fleurs de lys, attributs de la royauté.» (cité par l'écho de la Timbrologie fév 1990). Voir l'illustration sur la page d'accueil. 
 
Relevé dans Philatélia n°4 de mars 1929.  
« Je suis bien content de lire sous la plume de Bernard Gervaise, l'éreintement justifié de la vignette absurde que notre belle administration vient de sortir :  
Il existe en France 2 catégories de tirnbres-poste, correspondant à 2 conceptions opposées de la philatélie. Nous avons le timbre permanent, représentant une dame occupée en toute saison à semer du grain dans son champ. Et puis nous avons le timbre-actualité, dont l'effigie varie au hasard des faits qu'il s'agit de signaler à l'attention du monde: Exposition des Arts Décoratifs, centenaire de Pasteur, tricentenaire de Ronsard, etc. A l'occasion des fêtes de notre héroïne nationale, l'administration des PTT vient de nous donner le timbre Jeanne d'Arc.  
J'ai sous les yeux un exemplaire de ce timbre. Si vous voulez savoir comment il est je vous dirai qu'il est bleu.  
-Mais encore? demanderez vous. C'est tout! Il est bleu. J'ai beau regarder le petit rectangle dentelé, je n 'y vois que du bleu.  
Les personnes bien informées prétendent pourtant qu'au moyen de ce bleu le graveur a voulu figurer la Pucelle à cheval, son étendard à la main. Je ne dis pas non mais il me semble que cette intention eût été beaucoup plus claire si l'artiste avait eu la bonne idée de l'écrire sous son dessin.  
Maintenant, sans doute, sommes-nous en présence d'une troisième variété de timbres-poste, le timbre devinette, dont le principe serait inspiré des vieilles assiettes à dessert que l' on trouve encore chez les bistrots de banlieue. Sur celles ci on aperçoit un dessin accompagné d’une question: Le chasseur et son chien! Cherchez le chien! Sur le timbre Jeanne d'Arc, il s'agit de chercher la Pucelle. Ne vous découragez pas, cherchez, c'est difficile, mais ça doit pouvoir se trouver. »  

  

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