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L'émission Ce timbre a été souhaité par M . Chollet, maire d’Orléans qui a alerté dès le mois d’août 1928 le ministre en charge des PTT M. Bokanowski de l’importance de célébrer le 5ème centenaire de la délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc.
Le choix du timbre :
Jour de retrait 30/9/1929
Ce timbre, mal accueilli à l’époque, a fait l’objet de nombreux articles dans la presse avant et après son émission. (voir ci-dessous)
Les réactions de la presse d'époque
La maquette : (extrait de : Les timbres-poste de L. Demoulin en 1933) Relevé dans Philatélia n°4 de mars 1929. « Je suis bien content de lire sous la plume de Bernard Gervaise, l'éreintement justifié de la vignette absurde que notre belle administration vient de sortir : Il existe en France 2 catégories de tirnbres-poste, correspondant à 2 conceptions opposées de la philatélie. Nous avons le timbre permanent, représentant une dame occupée en toute saison à semer du grain dans son champ. Et puis nous avons le timbre-actualité, dont l'effigie varie au hasard des faits qu'il s'agit de signaler à l'attention du monde: Exposition des Arts Décoratifs, centenaire de Pasteur, tricentenaire de Ronsard etc. A l'occasion des fêtes de notre héroïne nationale, l'administration des PTT vient de nous donner le timbre Jeanne d'Arc. J'ai sous les yeux un exemplaire de ce timbre. Si vous voulez savoir comment il est je vous dirai qu'il est bleu. -Mais encore? demanderez vous. C'est tout! Il est bleu. J'ai beau regarder le petit rectangle dentelé, je n 'y vois que du bleu. Les personnes bien informées prétendent pourtant qu'au moyen de ce bleu le graveur a voulu figurer la Pucelle à cheval, son étendard à la main. Je ne dis pas non mais il me semble que cette intention eût été beaucoup plus claire si l'artiste avait eu la bonne idée de l'écrire sous son dessin. Maintenant, sans doute, sommes-nous en présence d'une troisième variété de timbres-poste, le timbre devinette, dont le principe serait inspiré des vieilles assiettes à dessert que l' on trouve encore chez les bistrots de banlieue. Sur celles ci on aperçoit un dessin accompagné d’une question: Le chasseur et son chien! Cherchez le chien! Sur le timbre Jeanne d'Arc, il s'agit de chercher la Pucelle. Ne vous découragez pas, cherchez, c'est difficile, mais ça doit pouvoir se trouver. » «France: Le timbre Jeanne d'Arc est paru ; comme il fallait s'y attendre, c'est une petite horreur, vilain dessin pauvre gravure, impression mauvaise mais que font donc les ministres, ils ne regardent donc jamais les timbres-poste. » Dans l'Echo de la Timbrologie du 15 mars 1929 on peut lire: « Peut-on rêver rien de plus laid que cette horrible vignette, sinon l'encre bleue sale dont on s'est servi pour l'imprimer. » Lectures philatéliques n° 1 de novembre 1928 « A la suite d'une campagne entreprise par le Collectionneur de Timbres- Poste, (en vue d'obtenir que le gouvernement français commémorât par une série de timbres spéciaux le 5ème centenaire du début de la merveilleuse épopée de Jeanne d'Arc, le ministre des P. T. T., M. Chéron, avait décidé qui à l'occasion du 500ème anniversaire de la délivrance d'Orléans (avril -mai 1429), le timbre en cours de 50 c. serait, pendant six mois, remplacé par une vignette à l'effigie de Jeanne d'Arc . Certes, nous aurions préféré, comme notre confrère, une série complète qui aurait pu être conçue dans le genre de celle émise, eu 1893, aux États-Unis, il l'occasion du 4e centenaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et qui aurait enrichi notre collection de France d'une page magnifique. Mais il ne faut pas être trop exigeants et nous aurions su nous contenter de ce qu'on nous avait promis. Malheureusement les beautés de la politique nous ont valu un changement de ministère et. à l'heure où nous écrivons ces lignes, ignorant encore les intentions du successeur de M. Chéron nous avons tout lieu de craindre que l’émission commémorative de Jeanne d'Arc ne soit remise en question. Nous faisons des vœux pour que, d' ici au mois d'août. 1929, les intrigues des politiciens de bas étage n'aient pas bouleversé notre pays, au point de lui faire perdre toute notion d'honneur et tout sentiment de gratitude à l'égard de nos gloires nationales les plus pures. »
La Circulaire Philatélique n° 197 de janvier 1929 FRANCE. « Les hautes personnalités de la politique, des lettres et des arts qui forment le Comité des Fêtes commémoratives de Jeanne d'Arc se sont mises d'accord pour proposer l'émission d'une série de timbres-poste, dont les sujets formeraient comme une galerie de tableaux, représentant les épisodes historiques. les plus notables de la vie de la jeune héroïne française, canonisée récemment. Comme on pouvait s'y attendre de la part d'un comité composé de sommités de la pensée française, les sujets proposés ont été choisis de façon magistrale pour résumer sur les 15 timbres-poste de la série (de 5 c. à 20 fr.), toute l'histoire de Jeanne, du jour de sa naissance à sa mort sur le bûcher inclusivement. Alors que le territoire de la France se trouvait presque en entier occupé et ravagé par les Anglais, l'idée que la France serait sauvée par une femme gagnait la pensée des Français et leur mettait l'espoir au cœur.. .. Dans la nuit du 6 janvier 1412 les coqs chantèrent de façon extraordinaire à Domremi, et Darc (sic) Jeanne (fille dudit et d'Isabeau Romée), naquit ... C'est ce que le sujet projeté pour orner le premier timbre de la série symbolisera par une vue de la maison natale, avec le Coq Gaulois annonçant la naissance de Jeanne. Le deuxième timbre (10 c.) représentera Jeanne d'Arc devant le sire de Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs, de qui Jeanne sut vaincre le mauvais vouloir, au point de le décider à écrire à la cour pour demander des instructions. Et les treize autres sujets se détaillent comme suit : 15 c. Jeanne révèle au Dauphin le secret de sa légitimité. C'est au cours d'un entretien mystérieux entre le roi et Jeanne, que Charles VII aurait reçu de la Pucelle des signes certains de sa mission. 2o c Jeanne quitte Poitiers, armée d'une lance, devant le duc d'Alençon; Le jeune duc d'Alençon était un des partisans les plus convaincus de la mission divine de Jeanne, de qui semblait émaner une vertu secrète qui éloignait toute mauvaise pensée de l'esprit des hommes d'armes de son entourage. 25 c. Jeanne est blessée à la prise des Tournelles. Toute la garnison anglaise périt ou fut faite prisonnière; et c'est l'élite de leur chevalerie que les Anglais perdirent. Jeanne avait été frappée d'un carreau d'arbalète « au dessus du sein, entre le gorgerin et la cuirasse» : blessure légère puisque Jeanne put remonter à chevale et entraîner les Français au combat. 40 c. La foule se presse autour de Jeanne à Loches. 50 c. Le sacre à Reims. 75 c. Jeanne blessée sous Paris. 90 c. Jeanne dépose son harnoys à Saint-Denis 1 F Jeanne devant Saint-Pierre le Moustiers. 1 F .50 Jeanne siqne sa lettre aux Rémois. 2 F Capture de Jeanne à Compiègne, 5 F Jeanne s'enfuit de Beaurevoir 10 F Jeanne devant ses juges 20 F Jeanne sur le bûcher. »
Cet article fait curieusement allusion à une série complète sur Jeanne d’arc, alors que les modalités et les résultats du concours sont déjà connus (voir document n° 2) . Dans l’Écho de la Timbrologie du 31 mars Jean Clavel écrivait :
« Le 25 février dernier, paraissait dans la petite ville de Vincennes dans l’état de l’Indiana aux Etats Unis, et quelques jours après dans tous les bureaux de poste de l’Union, le magnifique timbre de 2 cents, cadre carmin et centre noir, commémoratif de la victoire du Fort Sackville par George Rogers Clark sur le gouverneur anglais Hamilton ; événement qui ne dit pas grand chose au français moyen, mais qui est par contre, pour tout américain d’origine un peu ancienne, plein de signification. Ce timbre de faible valeur faciale, équivalente à 0.50 F de notre monnaie, en dehors de sa signification historique et patriotique, est plein d’enseignements pour nous autres, philatélistes français. Sa grande beauté, sa technique impeccable et son exécution hors ligne, si le compare à notre commémoratif à nous, d’une valeur faciale équivalente, mais d’une importance historique bien plus grande, ne peuvent que nous faire rougir. Le timbre de Jeanne d’Arc, paru au début du mois a été pour nous tous une stupéfaction ; est il possible vraiment de faire quelque chose d’aussi laid, d’aussi mal et pour tout dire d’aussi stupide ? La France n’est elle pas le pays des artistes, de l’art et du bon goût ? Faudra t il qu’elle aille recruter ses dessinateurs, les auteurs de ses futures vignettes, parmi les jeunes élèves d’un obscur cours complémentaire ? Il n’est pas possible qu’un homme du métier, et qui se dit artiste, ait pu signer une telle horreur. On ne sait que penser de tous ceux qui, de près ou de loin, ont collaboré à une telle production ou l’ont encouragée et acceptée. S’ils appellent cela de l’art, ils ne sont pas vraiment difficiles ; ils sont dans ce cas les seuls de cet avis. Si
j’ai parlé du timbre de Rogers Clark c’est
parce qu’il a paru presque en même temps que le timbre de Jeanne
d’Arc et que son exécution, bien plus difficile que la nôtre, a pris
moins de temps que la notre précieuse
administration n’en a mis pour faire la vignette innommable dont elle
vient de nous doter. Savez vous où le gouvernement des États Unis a pris le sujet de son
timbre ? .../... Là bas
il n’y a pas de concours, pas de combinaisons, ils n’ont pas le culte de
l’intrigue ou de la paperasserie, leur seul culte est celui de la compétence.
Tandis que chez nous c’est de plus en plus la République des camarades
qui règne ; celui qui dans les sphères officielles courbe le plus
l’échine, décroche la timbale ; on s’occupe d’abord de ses
opinions, de son apparentage et de ses amitiés, quant à sa compétence,
c’est tout à fait accessoire. .../... Je me demande ce qu’on du penser
ces deux grands lorrains le Général Lyautey et R Poincaré, lorsqu’ils
ont vu pour la première fois comment la Douce Lorraine était représentée. On a pu remarquer sur, le timbre primé qui a servi de modèle au timbre que la bannière était fleurdelisée. Cela ne rehaussait nullement la platitude de l’ensemble, mais les barbares, les sectaires qu’anime encore l’esprit périmé de 1900, ont trouvé que ces fleurs de lys étaient de trop, ils sont passés par là et ont obtenu leur suppression : ce qui fait que la bannière a maintenant un air de drapeau rouge. .../... Que disent de cela, de cet affreux timbre, tous ceux qui préconisaient une série complète commémorative de Jeanne d’Arc ? Ont ils toujours les mêmes idées ? Cette seule horreur devrait maintenant leur suffire. »
Quelques pages plus loin : « Donnant dernièrement son avis préalable à l’émission le timbre Jeanne d’Arc, le Stamp Collector’ Fornightly disait que ce timbre devant être émis dans les mêmes conditions que les timbres courants de France, il ne fallait pas s’attendre à une œuvre faisant honneur tant à la pucelle qu’à l’art français. Peut être bien ... Le journal anglais semble regretter que ce timbre ne soit pas émis sous la forme d’un commémoratif n’ayant pas pouvoir d’affranchissement. Un timbre Jeanne d’Arc, dit il, d’une belle facture artistique et bien lancé, obtiendrait un succès mondial énorme, similaire à celui des commémoratifs Harding aux Etats Unis, dont 1 600 000 000 exemplaires ont été enlevés en peu de temps. A un franc pièce ces timbres représenteraient pour le trésor français un profit plus important que celui des vignettes Caisse d’Amortissement, car on en achèterait des quantités énormes comme souvenirs, sans que la Poste soit tenue à aucune obligation. L’appréciation de notre confrère ressemble fort à une critique de nos émissions ordinaires et l’administration ferait bien d’en prendre bonne note. »
« De plusieurs côtés on nous demande d’appuyer la campagne qui se dessine pour que la France soit dotée d’un timbre à l’effigie du maréchal Foch. .../... mais serait ce honorer sa mémoire que de confier au boulevard Brune le soin de reproduire ses traits ? Le récent exemple de Jeanne d’Arc nous fait craindre le contraire. »
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